Environ 450.000 redevables devront
déclarer et payer l'ISF, impôt de solidarité
sur la fortune, d'ici le 15 juin prochain. Ceux n'ayant pas
de biens bénéficiant d'un régime spécial
pourront remplir le formulaire simplifié 2725S.
L'ISF est exigible pour tout patrimoine net taxable supérieur
à 760.000 EUR au 1er janvier 2007.
Il est codifié aux articles 885A à 885Z du code
général des impôts.
L'ISF concerne les biens, situés en France ou à
l'étranger, du foyer fiscal français que celui-ci
soit constitué par une personne seule, un couple marié,
par des partenaires pacsés ou des personnes en concubinage
notoire auxquels s'ajoutent les biens des enfants mineurs
non émancipés.
Il s'adresse, également, aux personnes domiciliées
fiscalement à l'étranger pour leurs biens situés
en France à l'exclusion des placements financiers.
L'assiette taxable est constituée de l'ensemble des
biens mobiliers et immobiliers non exonérés
déduction faite des dettes à la charge personnelle
du redevable.
Le barème, au 1er janvier 2007, avant réduction
pour personne à charge, plafonnement ou activation
du bouclier fiscal, s'établit ainsi :
| Patrimoine net au
1er janvier 2007 (BOI 7S-1-07) |
| N'excédant pas 760.000 EUR |
0,00 % |
| Comprise entre 760.000 et 1.220.000 EUR |
0,55 % |
| Comprise entre 1.220.000 et 2.420.000 EUR |
0,75 % |
| Comprise entre 2.420.000 et 3.800.000 EUR |
1,00 % |
| Comprise entre 3.800.000 et 7.270.000 EUR |
1,30 % |
| Comprise entre 7.270.000 et 15.810.000 EUR |
1,65 % |
| Supérieure à 15.810.000 EUR |
1,80 % |
Il existe, malgré tout,
des biens exonérés partiellement ou totalement,
et des stratégies permettant de limiter l'ISF. Afin
de pouvoir approfondir chacune de ces solutions, nous avons
indiqué le BOI correspondant, bulletin
officiel des impôts consultable sur le site du Ministère
des finances.
A) Immobilier et non bâti
En préambule, il est nécessaire
de rappeler que l'évaluation des biens immobiliers,
le plus souvent, établie par la méthode de comparaison,
peut être minorée s'il s'agit de la résidence
principale [1] pour laquelle une décote de 20% est
consentie mais, également, s'il s'agit de biens occupés
[2], indivis [3] ou destinés, partiellement ou non,
à l'activité professionnelle.
A contrario, les biens démembrés
[4] ne bénéficient d'aucune décote.
A noter que le droit temporaire
au logement du conjoint survivant n'a pas à être
déclaré. Ce n'est pas le cas du droit viager.
Une solution pour minorer son
ISF consiste à acquérir la nue-propriété
d'un bien, en ayant recours, par exemple, à un crédit
in fine. Cette acquisition n'est pas soumise à l'ISF,
dans la mesure où c'est le tiers usufruitier qui déclare
la pleine-propriété à l'ISF. Cette stratégie
permet, également, d'imputer le crédit au passif
et donc de minorer l'assiette ISF et peut générer
des intérêts d'emprunt déductibles de
revenus fonciers perçus par ailleurs.
Il s'agit, par exemple, de la
nue-propriété d'un bien immobilier en direct
ou d'une Scpi (pierre papier). Pour cette dernière,
toutefois, il n'est plus possible de déduire les intérêts
d'emprunt comme l'a récemment précisé
l'administration fiscale (BOI 5-D-2-07).
Une autre stratégie est
de réaliser un investissement dans le cadre du statut
de loueur meublé professionnel (LMP). Ce statut est
obtenu dès lors que l'investisseur, inscrit au Rcs,
génère plus de 23.000 EUR de revenus ou retire,
de ces locations meublées, au moins 50% de son revenu
global. Ces biens qualifiés de professionnels et donc
exonérés d'ISF doivent alors être acquis
quasiment sans recours au financement afin de dégager
un résultat positif. L'accès à un tel
statut nécessite donc un apport compris entre 400 et
600.000 EUR.
A défaut d'être considérés
comme biens professionnels (BOI 7-S-4-06), les biens ruraux
donnés à bail long terme et les parts de GFA
bénéficient d'une exonération de 75%
jusqu'à 76.000 EUR et de 50% au-delà. Les bois
et forêts ainsi que les parts de groupements forestiers
sont exonérés à hauteur de 75% de leur
valeur à condition, notamment, de respecter un engagement
d'exploitation de trente ans.
B) Donations et cessions
Sauf à donner en pleine
propriété, ce qui, bien entendu, réduirait
d'autant l'assiette ISF (à condition que le donataire
ne figure pas dans le foyer fiscal), le contribuable peut
recourir à la donation d'usufruit temporaire pour les
biens dont les revenus générés ne lui
sont pas nécessaires. Si tel est le cas, la valeur
totale du bien donné sort de l'ISF. Il faudra, toutefois,
être vigilant sur la motivation d'un tel démembrement
(enfant handicapé ou en difficulté financière,
par exemple) au risque de voir l'administration invoquer l'abus
de droit.
Une autre stratégie consiste
à réaliser une cession de la nue-propriété.
En cas de vente, en dehors des héritiers présomptifs,
par exemple au profit d'une association ou d'une société,
elle permet au contribuable de conserver la jouissance de
son bien tout en ne payant l'ISF que sur sa valeur en usufruit
et selon le barème de l'article 669 du CGI. Il en est
de même en cas de donation à l'Etat, une commune,
un département... ou, sous conditions, à une
Fondation reconnue d'utilité publique.
A contrario, la cession ou donation
d'usufruit temporaire à des personnes morales permet,
aux contribuables philanthropiques et en respectant certaines
contraintes, d'être exonérés d'ISF sur
les biens concernés (BOI 7S-4-03).
A noter que le conjoint survivant
qui a recueilli l'usufruit légal d'une succession ouverte
avant le 1er juillet 2002 ne déclare, à l'ISF,
que la valeur de l'usufruit des biens concernés (BOI
7S-5-05).
C) Plafonnement et bouclier fiscal
Le plafonnement (BOI 7S-1-06),
dont le principe est de ne pas surtaxer un contribuable à
revenus faibles, s'active dès lors que ISF + IR (impôt
sur le revenu) + prélèvements sociaux excédent
85% de ses revenus et produits. En cas de dépassement,
le plafonnement vient minorer l'ISF à payer dans la
double limite, pour les patrimoines supérieurs à
2.420.000 EUR, de 50% du montant dû et de 11.530 EUR.
Le dispositif du bouclier fiscal
(BOI 13A-1-06), mis en place à partir des impositions
2006, s'active, pour sa part, dès lors que IR + ISF
+ taxe foncière et d'habitation ≥ 60% des revenus
de l'année précédente (en fait 71% si
l'on inclut les prélèvements sociaux).
La stratégie pour bénéficier
de ces dispositifs consiste, dans la mesure du possible, à
minorer ses revenus et plus-values. Outre le recours à
des opérations de défiscalisation, il faut privilégier
des enveloppes fiscales telles qu'assurance-vie multi-supports
(en évitant d'être investi à 100% en support
euros) et ce, au détriment de placements tels que biens
locatifs en revenu foncier positif, assurance-vie monosupport,
compte-titres… En effet, en cas de besoin, seule la
part de plus-value du rachat est considéré comme
revenu contrairement, par exemple, à un loyer dont
la totalité est prise en compte.
D) Placements financiers
Certains placements financiers
sont totalement exonérés d'ISF dès lors
qu'ils ne sont pas rachetables. Il s'agit, par exemple, des
tontines à prime unique ou, plus diversifiés
et individualisés, de quelques rares contrats d'assurance-vie
non rachetables.
Ce dernier, couplé à
une contre-assurance décès pour ne pas "léser"
les héritiers en cas de décès durant
la vie du contrat, peut s'avérer pertinent pour des
redevables lourdement imposés à l'ISF.
Cette exonération ne concerne pas les contrats souscrits
après le 20 novembre 1991 pour les primes versées
après l'âge de 70 ans.
Pour mémoire, on peut,
également, citer les contrats "retraite"
tels que Perp, Préfon et contrats Madelin, les stock
options, les titres issus de certaines souscriptions au capital
de PME (BOI 7S-3-05), les temporaires décès
(sauf primes versées après 70 ans pour les contrats
souscrits après le 20 novembre 1991)…
D'autres placements financiers
sont imposables à l'ISF mais partiellement.
Il s'agit, par exemple, des contrats
de capitalisation qui présentent, outre le fait d'être
imposé à l'ISF pour leur seul nominal, la particularité
de pouvoir être démembrés (par exemple,
usufruit au parent souscripteur et nue-propriété
à l'enfant). A contrario, ils ne bénéficient
pas du cadre fiscal privilégié de l'assurance-vie
en terme de droits de succession.
Il s'agit, également, des
contrats d'assurance-vie à bonus de fidélité
dont le bonus, généralement non rachetable durant
une période allant de 8 à 16 ans, n'est pas
imposable à l'ISF.
E) Biens professionnels ou assimilés
Les biens nécessaires à
l'exercice à titre principal de la profession du contribuable
(BOI 7S-8-05) sont totalement exonérés sauf
les comptes courants d'associés (BOI 7S-6-06) et la
trésorerie excessive (BOI 7S-1-05). Il en est de même
pour les parts ou actions de sociétés dans la
mesure où le contribuable y exerce son activité
économique principale (sociétés à
l'IR) ou s'il y exerce une fonction dirigeante tout en y percevant
une rémunération normale constituant plus de
50% de ses revenus professionnels (sociétés
à l'IS). A ces conditions s'ajoutent, pour certains
dirigeants (dont ceux de SA), un seuil de 25% minimum de détention
du capital ou, à défaut, à ce que les
titres représentent plus de 50% de la valeur brute
de son patrimoine (BOI 7S-7-05).
Les associés non dirigeants
ou ceux qui ne détiennent pas 25% des droits sociaux
peuvent, toutefois, bénéficier d'une exonération
ISF de 75% (BOI 7S-6-05) en cas d'engagement collectif de
conservation de 6 ans (à hauteur de 20% pour une société
cotée, 34% si elle est non cotée). Pour cela,
l'un des associés signataires doit y exercer une fonction
de direction.
S'agissant des salariés
ou mandataires sociaux (BOI 7S-3-06 & BOI 7S-3-07), ils
bénéficient d'un abattement de 75% sur la valeur
des actions ou parts de la société dans laquelle
ils exercent leur activité principale. La condition
est d'en rester propriétaire pendant six ans à
compter de l'année de la demande d'exonération
partielle. Cet abattement de 75% est conservé lors
du départ à la retraite à la condition
d'avoir détenu ses titres depuis au moins trois ans
au moment de la cessation de ses fonctions.
F) Autres biens
Il existe un ensemble de biens
exonérés relevant plus de l'investissement plaisir
tels qu'objets d'antiquité, objets de collection, tableaux,
véhicules de collection… mais citons, également,
les droits de propriété littéraire &
artistique et les droits de propriété industrielle.
Au risque de se répéter,
l'optimisation fiscale qu'il s'agisse de l'impôt sur
le revenu ou de l'ISF ne doit pas occulter la qualité
des placements choisis et leur pertinence au sein du patrimoine.
Yves Gambart de Lignières
Conseil Financier - Gestion de Patrimoine
16 place de la Madeleine 75008 PARIS
6bis rue Madame Lagarde 56000 VANNES
www.dlpatrimoine.fr
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1 Arrêt Fleury n°93-20878 du 13 février 1996
2 Décision n°249505 du Conseil d'Etat du 10 nov.2004
3 Arrêt Fayard n°89-10394 du 19 juin 1990
4 Arrêt n°05-16751 du 20 mars 2007
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